Globe Rêveurs

28 décembre 2005

Il n'y a que Moai qui m'aille !


L'Île de Pâques !
Après quelques jours passés à Valparaiso et à Santiago (et un grand merci à Michel, ChilenodeBordo, pour la visite guidée et surtout pour ces très bons moments passés ensemble !), nous nous envolons pour cette petite île perdue au milieu du Pacifique !

Notre souhait initial était de parcourir cette terre de mystères à pied, pour en ressentir toute la magie, toute l'intensité. Nous nous renseignons depuis le Chili auprès d'agences qui proposent ce type d'excursions... mais à des prix "démentiels" !! Très vite, nous prenons LA décision : nous en ferons le tour seuls, en totale autonomie, pendant 4 jours ! Après tout, les Poussin ont bien remonté le rift Africain à pied pendant plus de 3 ans, nous pouvons bien faire le tour de l'Île de Pâques pendant 4 jours, non ? ;) Et on s'en souviendra de ces 4 jours !... "en totale autonomie"... 16 litres d'eau, de la nourriture, la tente, le duvet, tout le petit matériel de camping, et "quelques bricoles"... Nous voilà partis avec deux petits sacs bien lestés et surtout un gros sac d'environ 25kg (quand on aime, on ne compte plus !)... le tout sous une chaleur écrasante malgré la brise marine salvatrice !... Et nos organismes ont souffert, nous avons souffert : très peu d'eau finalement, très peu de nourriture aussi, et beaucoup d'efforts consentis chaque jour avec 6 à 8h de marche quotidienne sous la "cagna"...

Mais quelleS récompenseS !! Si mystérieuse, si mystique, si magnétique... L'Île de Pâques s'est offerte à nous, d'autant plus belle et envoutante qu'elle soulève une émotion intense et rare, tellement ses paysages transpirent toute son histoire, toute sa tragédie...

"Première" des récompenses : une nature et des paysages aussi "durs" qu'ils sont beaux. La côte découpée, ciselée, regorge de paysages sublimes d'aridité, de "brutescence" (nous en sommes rendus à inventer des mots !)... La terre est rouge, parsemée d'innombrables scories déversées par les 3 volcans de l'île, et la végétation, roussie par le soleil, offre ça et là des oasis de fraîcheur, comme ces forêts d'eucalyptus odorantes ou ces goyaviers chargés de fruits mûrs...
Des chevaux, semi-sauvages, s'affrontent sous nos yeux pour la possession d'un point d'eau, alors que des vaches, qu'on aime penser paissant paisiblement, se mettent à gratter la terre de leurs sabots à notre passage... ce qui a pour effet immédiat de nous faire accélérer le rythme ! Et nous n'oublions pas non plus les chiens (...) qui, quasiment chaque jour, viennent nous tenir compagnie pendant plusieurs heures, nous ouvrant même le chemin, quand, à 5h du matin, le soleil n'est pas encore suffisamment haut pour nous l'indiquer... La Nature est encore une fois Maîtresse en son domaine et nous nous sentons bien humbles face à elle, d'autant plus que nous ne croisons quasiment aucun autre "hominidé" en chemin...

Pourtant, ces 4 jours de marche auront aussi été l'occasion de belles rencontres avec des Pascuans, rencontres pleines d'authenticité et de gentillesse : de ce papy pêcheur préparant de délicieuses crèpes pour ses comparses partis en mer et qui, nous voyant arriver, tels deux "fous", sous le cagnard, crevant la soif et pas très frais après 5 heures de marche, nous offre l'hospitalité, un peu de fraîcheur, et surtout deux délicieuses crèpes au sucre !!... à cette famille venue passer le week-end au bord de la plage et que nous venons "déranger" pendant le barbecue dominical en demandant un peu d'eau pour ce qui sera notre dernier jour de marche, et qui, non seulement nous donne 3l d'eau, 3 petits ananas, mais nous propose également de partager le mate et le barbecue nocturne, tout en conversant sur les voyages, la politique, la vie, autour d'un grand feu !... Assurément, notre petite escapade autour de l'île surprend les Pascuans, qui ont davantage l'habitude de croiser des touristes pressés, en 4x4, plutôt que prenant leur temps, à pied... ce qui nous vaut sympathie et compassion !

Mais surtout, que dire de cette émotion toujours renouvelée qui nous submerge chaque jour, lorsque nous arrivons devant EUX, devant ces fameux Moais !!Encore "prisonniers" de la roche, "attendant" qu'on les libère enfin de leur carrière, ou debouts, trônant sur leur ahu (temples sur lesquels ils étaient érigés), fiers, protégeant l'île, ou enfin couchés au sol, face contre terre, renversés, comme "punis" d'avoir insidieusement causé le déclin et la mort de cette "civilisation", tous ces Moais, du plus grand (le Géant, le plus grand de tous, toujours enchâssé dans la roche, fait plus de 21m de long !) au plus petit bout de pukao (le fameux chapeau-chignon rouge qui les coiffait), tous nous fascinent, tous nous touchent et nous émeuvent, injustes symboles devant l'Histoire de la vanité humaine...

Enfin, "récompense des récompenses" après ces 4 jours éprouvants, nous retournons à Hanga Roa, la "capitale", et engloutissons un bife a lo pobre, un gros steack recouvert de deux oeufs au plat, d'oignons, et de frites !! HHmmm !! ;)


Nous quittons l'Île de Pâques, réalisant à peine que nous venons enfin de fouler cette Terre qui nous intriguait tant, heureux d'avoir pu "toucher du doigt", de connaître et de comprendre davantage ce qui donne à l'Île de Pâques son charme si énigmatique : le Rongo Rongo (tablettes d'écriture indéchiffrées à ce jour), l'Homme Oiseau, les Moais, ...
Et, dans l'avion qui nous emmène à Tahiti, nous la regardons s'éloigner, silencieusement, petit bout de terre le plus éloigné au Monde de toute autre terre habitée, en nous avouant secrètement que RapaNui reste finalement plus mystérieuse que jamais...